
[From L.A. to Paris] Mardi dernier, le Social Club accueillait Teebs et Jeremiah Jae pour une soirée aux allures de Low End Theory. L’occasion, enfin, de sentir de près ce phénomène et son épicentre, L.A.. L’occasion aussi de rencontrer ces deux jeunes recrues de Flying Lotus bercés à la culture rap depuis leur tendre enfance…
Teebs et Jeremiah, fraichement débarqués de Liege, arrivent à Paris à 19h passées. J’interromps Teebs durant ses courts Soundcheck et l’invite à prendre une bière. Le visage poupon, l’air rêveur, Teebs semble heureux d’être là. Il a appris une semaine plus tôt qu’il partait en tournée en Europe : « I’m really bad at planning ». Oui, le jeune producteur est ailleurs, constamment dans ses pensées. Depuis ses débuts, sa rencontre avec Flying Lotus, ses influences et sa philosophie, Teebs expose la vision qu’il a de la musique, personnelle et intimiste.
Ton premier disque est sorti sur un label serbe, Svetlana Industries, ça m’intrigue : comment as tu rencontré ces gars ?
(rires) Mon pote Jackhigh et moi bossions sur un projet commun depuis quelques années. Le maxi enfin prêt, on se demandait où le sortir. Il était en connexion avec pas mal de types, des labels qui nous disaient « ouais on verra ». Puis Jackhigh a rencontré ces gars sortis de nulle part, on s’est appelés et c’est finalement arrivé.
Pour toi c’est révélateur d’une scène musicale totalement mondialisée ?
Grave, tu n’as plus qu’à te connecter sur ton ordinateur et voilà.
C’est après une gaufre en skate que tu as rencontré Flying Lo, c’est ça ?
A l’époque je skatais tout le temps. Je me suis blessé et suis resté immobilisé chez moi. Comme je m’ennuyais, j’ai commencé a faire du son, de l’art… Après quelques concerts j’ai joué à la Red Bull Music Academy en 2008. C’est là que Flying Lotus a entendu parler de moi. Il était surpris de ne pas m’avoir rencontré plus tôt. A l’époque je vivais à 40 minutes de L.A., c’est vraiment une petit scène, une famille presque. Finalement il m’a contacté sur le net comme si de rien n’était genre « Hey what’s up ».
Flying Lotus t’as influencé dans ton travail ?
Ouais en un sens, quand tu vis avec lui et que tu te réveilles en entendant sa musique, t’es dans le bain. Ça m’a beaucoup influencé ouais. Je le voyais travailler, c’est stimulant, je voulais faire pareil.
C’est ce que tu appellerais le L.A. state of mind ? Une émulation constante.
C’est ça : toujours aller de l’avant. L.A. c’est une vraie communauté.
Et plus généralement quelles sont tes influences ?
Tout et n’importe quoi. Dès le réveil, tout ce que tu vois, sens, tout. Paris aussi, j’ai des tonnes d’idées. Je n’ai qu’une envie, c’est de rentrer et de tout mettre à plat.
Comment définirais tu ta musique ?
Il n’y a pas vraiment de mots. Beaucoup pourraient correspondre, je ne sais pas. C’est juste Beats, Beats music (rires).
Je dirais qu’il s’agit plus de musique intimiste, personnelle. La musique est vraiment propre à chacun.
Ce n’est pas toujours le cas, beaucoup imitent, copient même. Tu pourrais me citer des producteurs « originaux » ?
Si tu cherches tu finis par trouver les bons, ceux qui se démarquent. Ici dans cette région de France, je ne sais pas. Mais je connais mon ami Fulgeance (Foulgèance en anglais – ndlr) qui n’habite pas trop loin. Un mec bien, un bon ami à moi.
Tu aimes la porn beat music alors ?
(rires) Ouais on pourrait appeler ça comme ça.
Tu composes mais tu peins aussi, est-ce que tu conçois le tout comme une entité ?
Ouais complètement, tout est simultané et vient d’un seul et même état d’esprit. L’album Ardour en est d’ailleurs le résultat, c’est un chapitre musical, un instant de vie.
Plutôt rêveur alors ?
(rires) Ouais je dirais ça.
Ça a ses mauvais cotés, rater son vol par exemple mais pour moi ça passe encore.
Des expos de prévues ?
La prochaine à Chicago je crois…
Et à Paris ?
J’espère d’ici un ou deux ans, je suis très mauvais lorsqu’il s’agit de prévoir (rires).
Comment composes tu ? Tu utilises des samples ?
Oui beaucoup, tout ce que j’entends. Moi même, des disques et particulièrement de l’ambiant bizarre, des sons dans ma maison. Tout.
Tu aimes le rap ?
Oui, je suis toujours dedans. Mon grand frère m’y a initié très jeune. J’ai grandi avec Madlib, Def Jux, Anticon. Après avoir déménagé en Californie, j’ai rencontré beaucoup de skaters dans un délire punk, punk-rock. Puis j’ai découvert les instrumentaux, le beat, une révélation, c’est ce qui manquait à ma vie.
Tu crois qu’en 2010, il y a encore une place pour les rappeurs ?
Le rap, c’est ce qui manque actuellement, il n’y a plus d’innovation, seulement du mimétisme. Notre génération est celle du beat. Cela fait longtemps que je n’ai pas entendu de rappeurs géniaux.
Et les gars d’Odd Future ?
Ils sont cool, Ils ont leur style, je les aime vraiment bien. La dernière de Tyler, son clip particulièrement est vraiment cool. Ce gars est très bon.
Tu te sens libre aujourd’hui ?
Oui, je le suis. C’est parce que je ne sais quoi faire de ma vie que je fais ça aujourd’hui. J’espère qu’aussi longtemps que je vivrai, je ferai ça. Être libre honnête et heureux.
Une belle conclusion…
(rires) Ouais.
